Vitraux


Quasiment inconnus dans les édifices religieux d'Asie, les vitraux proviennent essentiellement des traditions occidentales. On les trouve surtout dans les églises... Quasiment inconnus dans les édifices religieux d'Asie, les vitraux proviennent essentiellement des traditions occidentales. On les trouve surtout dans les églises, mais aussi dans les temples protestants, les synagogues ou les mosquées. L'idée de créer des vitraux pour le Grand Temple de Kundreul Ling vient de Kunzig Shamar Rinpoché, sur une suggestion de Lama Samten. Son Éminence souhaitait que soit intégrées dans la création de ce temple de nouvelles techniques provenant d'autres traditions et le principe du vitrail, qui utilise la lumière pour faire apparaître une image, avait particulièrement retenu son attention.
Ce sera la première fois que l'on intègre des vitraux dans la décoration d'un temple bouddhiste toutes traditions confondues. Il s'agit là d'une innovation en tout point. Pour le moment, l'équipe est constituée de deux personnes. Elle est dirigée par Margot, qui a déjà une bonne connaissance du métier pour avoir, après un contrat de qualification, travaillé pendant 5 ans, dans un atelier de vitraux, où elle faisait de la restauration pour des églises ainsi que de la création pour des particuliers. Samuel qui vient d'arriver à Kundreul Ling apprend avec Margot. La création de vitraux passe par une succession d'étapes très variées faisant tantôt appel au savoir faire technique tantôt à la sensibilité artistique, et pour être plus à même de réaliser ce projet, Margot et Samuel ont appris la peinture Karma Kagyu. Pour Margot, monter cet atelier n'a pas été une sinécure, car beaucoup de choses manquaient contrairement à un atelier professionnel où tout le matériel nécessaire est disponible. Aussi, il a fallut commencer par tout reconstituer sur place. Puis étudier différentes techniques de fabrication. Dans un premier temps, il a fallu examiner le problème de la structure portante. En effet, ces vitraux ont une dimension de 2 mètres sur 2 et pèseront près de 100 kg chacun. Or, une autre de leurs particularités est qu'ils seront fixés horizontalement, au plafond, à 13 mètres du sol. Aussi, il a été nécessaire d'étudier un système d'accroche suffisamment robuste pour supporter un tel poids en toute sécurité tout en tenant compte des critères esthétiques. C'est Lama Kunkyab, avec l'assistance de Margot, qui en a dessiné le plan et Samir, qui est qualifié en métallurgie, qui les réalise actuellement. Pour réaliser ces structures, la première grosse difficulté rencontrée a été le cintrage du rond central et des cercles périphériques qui, après quelques tentatives et pour un coût raisonnable, a finalement été confié à une entreprise. La seconde grosse difficulté venait du poids du verre : l'idée était d'éviter que le vitrail ne s'affaisse et s'arque sous son propre poids. Aussi pour palier à ce problème, la structure est constituée de tiges d'acier en T ce qui rend l'ensemble rigide et immuable. Samir a reproduit le dessin à l'échelle 1/1 sur un plan le travail où il fait l'assemblage, il n'a plus qu'à poser les pièces à leur place et à visser, - pour contenir les déformations dues aux changements de température - avant de souder et meuler. D'après Samir et Lama Tcheudar, responsable des travaux, l'ensemble, qui est fixé à la chape par des pitons de 12 mm, est suffisamment robuste : deux personnes peuvent monter dessus sans que rien ne bouge. Il a fallu 3 semaines pour réaliser complètement la première structure. L'étape suivant consistait à trouver un assortiment harmonieux à partir de motifs que Denzong Norbou avait dessiné pour ce projet, et qu'il a fallu ensuite reprendre pour les adapter au schéma de la structure portante. Chaque vitrail, diffèrent des autres par son rond central, évoquera une des Cinq Familles de Bouddha : le premier vitrail représentera le Lotus, emblème de la famille du Bouddha Amitabha, le deuxième représentera le Dordjé, emblème de la famille du Bouddha Akshobya, le troisième représentera le Joyau, emblème de la famille du Bouddha Ratnasambhava, le quatrième représentera le Double-Dordjé, emblème de la famille du Bouddha Amogasiddhi. C'est le Grand Mandala de Kalachakra au centre, qui représentera la Roue du Dharma, symbole du Bouddha Vairocana. La Fabrication des vitraux D'abord, on part d'un dessin du vitrail dont on va définir les couleurs. Pour faire ce choix, il faut tenir compte de plusieurs aspects techniques. Un dessin peut présenter plusieurs zones de couleurs différentes, tantôt unies, tantôt en nuances, voire en dégradé ou carrément multicolores. Comme il existe plusieurs techniques pour colorer le verre, c'est à cette étape qu'on va pouvoir faire des choix. Pour une surface de couleur unie (en aplat), on utilisera du verre teint dans la masse, c'est à dire du verre déjà coloré ; pour une zone en dégradé, ou dans laquelle apparaissent plusieurs couleurs, on utilisera du verre blanc que l'on peindra avec des émaux (oxyde métallique mélangé à du verre broyé), de la grisaille (peinture à pigments minéraux dont on se sert pour faire les contours ou les ombres), ou du jaune à l'argent (mélange à partir de sel d'argent dont le rendu après cuisson peut aller du jaune pâle à l'orangé presque rouge). À partir de ces choix, on décide de la " mise en plomb ". On pose un papier calque sur le dessin et on trace au crayon à papier les contours des différentes zones ainsi déterminées, ce qui donnera la découpe générale des différentes pièces de verres qui composeront le vitrail (à la manière d'un puzzle). Les pièces de ce puzzle, plus tard, seront ré-assemblées et serties par un joint de plomb, d'où le terme de " mise en plomb ". Ensuite, on prend un carton, on applique dessus une feuille de papier carbone et par-dessus on pose le papier calque comportant le tracé de la découpe. Puis, en repassant sur le tracé avec un crayon, on reproduit ainsi le dessin sur le carton. Une fois que tout le dessin est reproduit, on numérote chaque pièce sur le carton et sur le calque. Puis, on découpe le carton en suivant les tracés avec un ciseau " à calibrage " (à double lame) qui enlève l'épaisseur du " cœur de plomb ", c'est à dire l'épaisseur du joint (environ 5 mm) qui permettra d'assembler les pièces du vitrail entre elles. Cette étape s'appelle le " calibrage ", elle permet d'obtenir le calibre en carton de chaque pièce, c'est à dire la véritable forme de la pièce (hors joints) qui servira de guide pour pouvoir découper les pièces de verre. Pour procéder de façon méthodique pendant la découpe, on repose chaque pièce de carton à sa place sur le calque, et au fur et à mesure qu'elles sont créées, on les remplace par les pièces de verre. L'opération consiste à découper le verre à l'aide d'un diamant ou d'une roulette en suivant le contour du calibre de la pièce. Quand le verre est découpé, on peut le peindre. Pour cela, on commence par nettoyer la pièce au vinaigre avant de la placer sur le dessin original, puis on peint par dessus. Pour l'étape qui consiste à peindre sur le verre, plusieurs options sont possibles selon que l'on a choisi un verre teinté dans la masse (qui offre une meilleure qualité) ou un verre blanc qu'on va colorer avec des émaux. Pour appliquer une couleur à l'émail, on mélange le pigment à de l'eau, et on l'étale sur la surface à colorer comme on le ferait avec de la gouache. Avant que le mélange ne sèche, on peut le " blaireauter ", c'est à dire le brosser avec un blaireau, un pinceau aux poils très doux, pour homogénéiser la couleur et estomper les traces de pinceau, mais aussi pour donner des nuances dans l'intensité. On peut aussi peaufiner les détails en ôtant de l'émail avec une pointe de crayon par exemple, car tant que rien n'est cuit, la couleur est juste posée sur le verre et peut s'enlever très facilement. Lorsque les émaux sont cuits au four, ils fondent et s'incrustent sur le verre en une fine couche coloré translucide. Pour ce qui est des contours et des ombrages, quel que soit le type de verre utilisé, on utilise la grisaille qui est un oxyde métallique colorant mélangé avec du fondant (verre broyé), dont le rendu peut être mat ou brillant. On mélange la grisaille à de l'eau distillée, ou de la gomme arabique (qui lui donne un aspect plus foncé), ou encore du vinaigre. Quand les pièces sont bien finies, on les met au four. Elles sont cuites à 650°. Une fois les pièces cuites, on peut enfin procéder à l'assemblage. Tout d'abord, on associe les pièces entre elles en les sertissant dans une baguette de plomb souple, en forme de H, qui s'adapte à la forme des contours. Le centre du H s'appelle " le cœur " (ou " l'âme ") et les parties extérieures " les ailes ". On insère donc la pièce contre le cœur et entre les ailes qu'on resserre à l'aide d'un " rabat-plomb ". Les jonctions sont soudées à l'étain. Lorsque tout le " puzzle " est assemblé, on le " mastique " : on le solidifie en l'enduisant d'un mélange de blanc de meudon, de siccatif et d'huile de lin dont on retire les excédents avec de la sciure qu'on brosse et qu'on essuie avec un chiffon. Il n'y a plus qu'à poser le vitrail sur son châssis.

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